La mésange

Photo : Nicole Pottier
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La mésange

Les soldats s’en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville.
Entends battre mon coeur d’amant.
Ce coeur en vaut bien plus que mille
Puisque je t’aime éperdument.

Je t’aime éperdument, ma chère.
J’ai perdu le sens de la vie
Je ne connais plus la lumière,
Puisque l’Amour est mon envie,
Mon soleil et ma vie entière.

Ecoute-le battre, mon coeur!
Un régiment d’artillerie
En marche, mon coeur d’artilleur
Pour toi se met en batterie,
Ecoute-le, petite soeur.

Petite soeur je te prends toute
Tu m’appartiens, je t’appartiens,
Ensemble nous faisons la route,
Et dis-moi de ces petits riens
Qui console qui les écoute.

Un tramway descend vitement
Trouant la nuit, la nuit de verre
Où va mon coeur en régiment
Tes beaux yeux m’envoient leur lumière
Entends battre mon coeur d’amant.

Ce matin vint une mésange
Voleter près de mon cheval.
C’était peut-être un petit ange
Exilé dans le joli val
Où j’eus sa vision étrange.

Ses yeux c’était tes jolis yeux,
Son plumage ta chevelure,
Son chant les mots mystérieux
Qu’à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls, tout les deux

Dans le vallon j’étais tout blême
D’avoir chevauché jusque-là.
Le vent criait un long poème
Au soleil dans tout son éclat.
Au bel oiseau j’ai dit : »Je t’aime »

Guillaume Apollinaire

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